Bien choisir ses pinceaux aquarelle

Cet été, j’ai décidé de reprendre mes anciens articles « Pour les aquarellistes« , de les mettre à jour et les compléter avec de nouvelles informations. Aujourd’hui, je vous parle des pinceaux aquarelle !

J’avais publié la première version de cet article il y a maintenant plus de 2 ans. Depuis, j’ai appris de nouvelles choses, testés de nouveaux pinceaux, etc…

Bien sûr la théorie ne change pas mais j’espère pouvoir vous apporter ici une nouvelle approche 🙂

pinceaux aquarelle

Il y a quelques semaines, j’ai lu cette interview de l’artiste Manù dont je vous ai déjà parlé. J’ai beaucoup aimé ce qu’il dit à propos des pinceaux :

Pour moi, un bon pinceau est celui dont on se sert avec plaisir, car il est le moyen d’écriture de notre âme. […] Au final, mes tests m’ont fait comprendre une chose. Un pinceau, c’est comme l’amour de sa vie, une fois que vous avez trouvé celui qui vous convient, le reste n’a aucune importance !

Je le rejoins totalement. Avant de parler technique et qualité matériel, depuis toutes ces années de pratique, j’ai appris 1 chose importante :

Le pinceau est l’outil qui prolonge la main et aide à retranscrire ce que l’on souhaite créer. Pour cela, quelqu’il soit, on doit se sentir bien quand on l’utilise. Il aide à former le plus exactement possible ce qu’on imagine.

Avec cet outil, comme avec le papier, le contact est important. Il y a comme une sorte de sensualité et aussi de familiarité. Le corps fait connaissance avec le matériel et apprend à l’utiliser au mieux.

Il y a certains pinceaux aquarelle qu’on va essayer et rejeter, même s’ils sont de bonnes qualités, et d’autres, pas forcément les meilleurs du marché, qui vont correspondre exactement à ce dont on a besoin.

Quelques notions techniques

Avant de vous donner des conseils pour bien choisir vos pinceaux aquarelle, voici quelques informations à savoir sur les outils disponibles.

Comment est construit un pinceau ?

Le pinceau est composé en 3 parties :

  • Le manche : celui-ci peut être en bois, en plastique ou en métal. Plus ou moins long selon la taille de la touffe et la pratique pour laquelle il est destiné (pinceaux huile et acrylique plus long en général que les pinceaux aquarelle).
  • La virole : en métal, plastique avec fil – laiton – ou plume. Elle permet de retenir les poils. Oui, il est en effet possible de trouver des pinceaux avec une virole à plume 😉 ceux sont les « pinceaux montés sur plume« .
  • La touffe : les poils du pinceau. Ils peuvent être naturels ou synthétiques et se présenter sous plusieurs formes : rond, carré, langue de chat, éventail, biseauté, mouilleur, traceur… Pour les poils naturels, les plus communs sont ceux de martre, petit-gris ou encore mangouste mais on peut également trouver des pinceaux en poil de blaireau, loup, d’oreille de boeuf (oui, oui), …

Les pinceaux aquarelle petit gris ou martre

Les pinceaux les plus communément utilisés pour l’aquarelle sont des petits gris – poils d’écureuil nordique. Ils ont une haute capacité d’absorption de l’eau permettant de peindre plus longtemps sur la feuille. Doux, ils sont parfaits pour réaliser des lavis et de grandes surfaces de fond.

Les pinceaux en poils de martre sont de grandes qualités mais coûtent plus chers. Ils sont souples, élastiques et résistants à l’usure – sous réserve d’un bon entretien – avec des pointes qui tiennent la route et une bonne trempe.

Pinceaux synthétiques

Les pinceaux synthétiques sont utiles pour déposer les pigments de façon brute avec peu d’eau. Ils peuvent être aussi utilisés pour faire des retraits.

Jusqu’à présent, je n’ai pas utilisé de pinceau synthétique présentant des qualités similaires (notamment de bonne trempe) à celles obtenues avec les pinceaux en poils naturels.


Point Ecolo

Il semblerait que dernièrement les marques élargissent leur gamme de pinceaux synthétiques. D’un point de vue écologique et aussi en faveur de la cause animale, c’est un bon point et j’espère que dans les années à venir, on sera capable de produire des pinceaux respectueux de l’environnement et aussi d’excellente qualité.

Le respect de l’environnement est un sujet encore peu développé dans le secteur du matériel des Beaux-Arts. Je pense que c’est à nous, artistes consommateurs – débutant, confirmés, amateurs ou professionnels – de chercher à consommer en conscience et de demander de la transparence auprès des marques. Je vous en parlerai mieux bientôt.


Les pinceaux à réservoir d’eau

Pratique quand on peint en extérieur, les pinceaux à réservoir d’eau sont bien adaptés pour l’aquarelle. Ça évite d’avoir à gérer un gobelet d’eau : vider l’eau, rincer… ce qui peut vraiment être un plus selon l’environnement dans lequel on se trouve (urbain, musée, espace public…).

 

Formes de pinceaux aquarelle

Comme indiqué plus haut, vous pouvez trouver différentes formes de touffe qui vous aideront à créer des effets, obtenir des aplats ou des traits particuliers.

Quelques idées selon les formes :

  • Les plats pour étendre les pigments
  • Les éventails pour réaliser des feuillages
  • Les traceurs pour des filets
  • Les biseautés pour créer des angles particuliers

Il y aussi des formes encore plus originales qui sont disponibles… pinceau à chiqueter, pinceau striper, pinceau queue de baleine…

D’autres outils

Pleins d’autres outils peuvent être utilisés et c’est à vous de faire appel à votre imagination selon vos besoins.

Il m’arrive d’utiliser une brosse à dent pour faire de fines projections, un couteau et une plume pour réaliser des traits plus ou moins fins ou encore un shaper pour déposer du liquide masquant.

J’utilise aussi des éponges naturelles pour réaliser des nuages ou produire d’autres effets et j’ai dans mes outils une paille et des coquillages…

Comment choisir ses pinceaux aquarelles ?

1- Déterminez votre pratique

Avant de choisir vos outils, la première question à se poser est que voulez-vous peindre et comment ?

Vos outils doivent s’adapter à vous : le but quand on crée n’est pas d’obéir aux contraintes techniques mais au contraire de les repousser en trouvant les outils qui s’adaptent le mieux à ce que l’on souhaite créer et comment.

Quel format utilisez-vous ?

Si vous peignez sur de grands formats, vous n’allez pas utiliser les mêmes outils que pour des petits formats.

Vous avez l’habitude de peindre sur des surfaces petites et moyennes ? Vous aurez besoin de taille de pinceaux aquarelle adaptés : fins, petits et moyens. Pas la peine d’investir dans de gros pinceaux.

Dans quel environnement peignez-vous ?

Si vous peignez plutôt en extérieur, sur le motif, alors il sera plus intéressant de choisir des pinceaux adaptés pour être transportés : les pinceaux de voyage.

Leur particularité est que le manche se dévisse pour être revissé du côté de la touffe et ainsi la protéger pendant le transport.

Ils sont aussi réputés pour être plus résistants et solides que les autres pinceaux.

Quelle technique utilisez-vous ?

Vous travaillez en technique humide ? Vous aurez a minima besoin d’un pinceau aquarelle de taille importante et qui retienne bien l’eau pour humidifier rapidement l’ensemble de votre feuille.

2- Testez

Il n’y a pas de secret, pour trouver l’outil qui vous convient, il faut tester. Il ne s’agit pas d’acheter n’importe quoi pour n’importe quelle raison : je sais que le matériel Beaux-Arts coûte cher.

Tester vous permettra aussi d’éviter de vous retrouver avec des pinceaux qui perdent leurs poils dès la première utilisation. Les poils qui se retrouvent partout dans la peinture, les godets, sur la feuille. Pour les enlever, faut y mettre les doigts au risque de saccager ce qu’on vient de créer, l’enfer…

Sachez-le : un pinceau correct qui dure un minimum est difficilement trouvable à moins de 10€. Chacun sa stratégie, on peut choisir d’acheter 10 pinceaux à 2€ qui permettront de peindre pendant 6 mois ou alors un pinceau plus cher de meilleur qualité qui durera aussi longtemps voire plus avec un bon entretien.

Comment tenez-vous votre pinceau quand vous peignez ?

Cela a une influence sur le type d’outil que vous allez choisir et avec lequel vous allez être à l’aise.

Personnellement, je tiens mon pinceau de deux manières :

  1. Quand je réalise des fonds ou travaille de façon très spontanée et imprécise, je tiens le pinceau par le bout du manche pour avoir le plus de souplesse dans mon geste. J’apprécie à ce moment que le pinceau ne soit pas lourd.
  2. A l’inverse, quand je travaille sur des détails, je vais plutôt tenir mon pinceau comme un crayon et de façon verticale. Pour ça, je préfère que le manche ne soit pas épais car j’ai des petites mains 🙂

Vous allez en magasin pour acheter ? Prenez en main les pinceaux aquarelle, touchez les poils : êtes-vous à l’aise avec la taille ? la longueur et la largeur du pinceau ? son poids ?

Renseignez-vous

Internet regorge d’avis déposés ici et là sur des marques et ça existe aussi pour l’aquarelle. Manù, dont je vous ai parlé plus haut, teste les produits beaux arts aquarelle et vous aiguille dans ce qui peut vous convenir, selon votre pratique mais aussi votre budget.

Vous connaissez d’autres personnes peignant à l’aquarelle ? Interrogez-les sur leur matériel et demandez si vous pouvez tester leurs pinceaux.


Une expérience

Il y a quelques mois, j’avais très envie de m’offrir ce pinceau jupon. J’aimais bien l’idée d’une pointe très fine et d’une zone qui serve de réservoir d’eau. Je me suis fait plaisir en m’offrant cet outil…

… sauf qu’en le testant, je me suis vite rendue compte que ce pinceau ne correspondait pas à ma pratique : la pointe est trop fine et la prise en main n’est pas agréable pour moi. Le pinceau est long et le corps légèrement trop large pour une pointe si fine.

En terme de techniques, c’est un bon pinceau, il ne convient simplement pas à ma façon de peindre.


3- Faites vous plaisir

Il n’y pas de secret : quand on est dans une démarche créative, les outils doivent se faire oublier, s’intégrer à nous-même et représenter le moins de contraintes possibles pour qu’il n’y est plus que vous et votre création.

Pour ça, le mieux est de choisir des outils qui, en plus de correspondre à vos besoins techniques, correspondent à vos envies et à votre plaisir.

Pensez aussi au contact : vous aimez sentir le bois brut ou vernis ? Ou alors plutôt quelque chose en plastique ou même métallique ? Posez-vous ces questions, car aussi minime que cela puisse paraitre, cela a un effet sur vous, votre bien être et donc la qualité de vos créations.


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4- Où acheter ses pinceaux ?

Acheter un pinceau est délicat : avant l’achat on souhaite le voir, le toucher. Malheureusement, j’ai observé sur le temps que les magasins de Beaux-Arts ne proposent qu’une édition limitée de ce que l’ensemble du marché du pinceau nous offre – et il est vaste. Et… je vis à Paris donc en termes d’enseignes j’ai le choix !

On retrouve à chaque fois les mêmes marques, les mêmes gammes de pinceaux et les meilleurs pour l’aquarelle ne sont pas toujours voire pas du tout disponibles en magasin.

L’alternative reste Internet et certains sites spécifiques, distributeurs de matériel pour les aquarellistes – impossible d’avoir le pinceau en main et de savoir s’il va nous convenir mais quand on recherche un produit spécifique, cela vaut le coup. Vive le e-commerce.

5- Prolongez la durée de vie de vos pinceaux aquarelle

Pour certains cela va paraitre évident, mais pourtant, beaucoup de personnes ignorent ces pratiques et du coup abiment leur matériel trop vite.

Un bon et beau pinceau aquarelle, ça peut coûter cher alors on a envie qu’il dure dans le temps.

Pour cela, quelques conseils :

Ne laissez pas trainer le pinceau dans le gobelet d’eau : ça écrase la pointe et après quelques utilisations vous finirez par vous retrouver avec ça. Ce genre de pointe émoussée peut être recyclée pour faire du feuillage ou travailler de l’herbe, mais un seul pinceau abimé suffit amplement 🙂

 

Après utilisation, rincez-les avec une eau claire et tiède et laissez-les sécher soit à plat, soit sur un lave pinceaux comme dans l’image à droite. Ne les mettez surtout pas dans un pot la tête en haut car l’eau pénètrera la virole, finira par la déformer et hop on se retrouve avec plein de poils partout.

Régulièrement, faites un nettoyage un peu plus poussé en utilisant un savon spécifique. J’ai noté que certains pigments – et selon les marques – s’accrochent d’avantage aux poils. A vous d’adapter la fréquence du nettoyage au savon en fonction du besoin.

Quand vous utilisez votre pinceau, au moment où vous le rincez dans le gobelet pour faire un changement de pigment, ne l’écrasez pas au fond du gobelet : le secouer dans l’eau pour éliminer les pigments est tout autant efficace et moins meurtrier.

 


Et vous ?

Quel est votre pinceau fétiche ? Utilisez-vous des outils originaux pour peindre et produire des effets ? Comment les choisissez-vous ?

Partagez votre expérience avec nous 🙂


Conservez ces conseils :
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Choisir ses pinceaux aquarelle

 

8 Comments

  1. Pour moi le pinceau doit convenir à notre main et au travail que l’ont fait. Difficile de conseiller une taille ou un pinceau à une personne sans savoir comment elle travaille. En boutique, on est limité en choix dans la plupart des enseignes mais généralement on a la possibilité de prendre en main et comparer justement les pinceaux d’une même référence.
    Le manche est important tout autant que la touffe, il y a des pinceaux avec un manche imposant et suivant les mains ça ne va pas le faire, ou trop long.
    synthétique ou naturelle, dilemme, il commence à y avoir de très bon synthétiques même si actuellement mes préférés sont en naturel.
    Je me suis aperçu aussi que suivant le format il faudra faire suivre nos pinceaux, même si nous n’avons pas forcement besoin de pinceaux énormes disons qu’il faut trouver l’alternative qui convient à sa main et son portefeuille (un martre kolinsky commence à être très cher à partir des numéros 5). Un plat, un lavis pourra remplacer un gros rond par exemple.
    Pour finir ce que j’utilise actuellement sur du format a4 voir a3 : Da vinci artissimo 428 #2, Raphael 916 #14 et 10 , Raphael 8413 #5, Raphael 8408 #2 pour les détails fin car la pointe est superbe, une autre réf le Isabey 6227z j’ai un 4 et 5 le manche, tout est superbe dans ce pinceau qui n’est pas donné (obtenus lors d’une liquidation). Mais on trouve ce belle chose chez Escoda, avec une belle variété de synthétiques et pour les pinceaux de voyage. Rosemary & co est aussi réputé mais pas sur que cela convienne à tout le monde. Tintoretto aussi, assez confidentiel mais de bonnes réf.

    1. Hello Yannick, merci pour ton com et ton partage d’expérience. Ah l’Artissimo… je vais finir par investir dessus 😉
      Pour info, j’ai commencé à peindre avec le pinceau de voyage 1535 en taille 5 et pfiou, un véritable avion de chasse. La pointe est extra, il charge à fond en eau. Vraiment une belle découverte.

  2. Les pinceaux (et autres outils) sont mes meilleurs atouts pour peindre. Je développe effectivement certains une vraie ‘complicité’. Il est parfois difficile de trouver LE bon, (ou plutôt LES bons car un pinceau ne peut pas tout faire) mais une fois qu’on l’a, c’est un vrai plaisir. On sait comment il réagit et on peut se concentrer sur l’essentiel : PEINDRE et y prendre du plaisir.
    J’avais présenté mes outils pour peindre (http://www.pigmentropie.fr/2016/03/11-outils-indispensables-peindre/ ) qui ne se limite pas aux pinceaux, c’est l’intérêt avec l’acrylique, on peut multiplier les outils.
    Pour l’aspect ‘respect de l’environnement’, le sujet m’intéresse. Je suis impatiente de voir la suite 🙂

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