Choisir et tester son papier aquarelle

papier aquarelle

Je me rappelle parfaitement de ma première visite dans un magasin de Beaux Arts lorsque j’ai commencé à pratiquer l’aquarelle. C’était chez Rougier & Plé à Paris. J’avais déjà chez moi des godets Lefranc Bourgeois et de vieux pinceaux, il ne me manquait plus que le papier.

Je me suis sentie perdue dans le coin carré où était présenté une multitude de type de papiers aquarelle, de marques, de feuilles volantes, de blocs… je n’y connaissais rien.

Je me rappelle avoir acheté des blocs à spirales et aussi d’autres blocs. J’avais pris du Canson Montval, du Moulin du Coq et d’autres marques dont je ne me souviens plus. Des petits et moyens formats, avec un choix essentiellement basé sur le prix. J’ai évité le trop cher mais je ne suis pas allée vers le moins cher non plus avec cette idée que le cheap serait de moindre qualité.

Avec le recul, je vois à quel point mon choix était inexpérimenté et j’aurai bien aimé avoir quelqu’un avec moi pour me dire « Mmmm, non tu devrais plutôt choisir tel papier, il conviendra mieux à ta façon de peindre« . Au delà des économies que j’aurai pu faire, j’aurai évité toute une période de frustration sur le rendu de mes aquarelles et certaines incompréhensions sur la réaction des pigments et de l’eau face à certains papiers aquarelle.

Mais c’est aussi comme ça qu’on apprend : en expérimentant et en se trompant. Si j’avais eu tout de suite le bon papier qui me convenait, peut-être ne me serais-je jamais interrogée sur la qualité de ce matériel. Pourquoi tant de différence entre les marques mais aussi entre les produits d’une même marque ? Et du coup, je ne pourrai probablement pas écrire cet article aujourd’hui 🙂

 

Mon but aujourd’hui est de vous accompagner dans le choix de votre papier aquarelle en vous offrant un regard extérieur. L’idée n’est pas de vous éviter cette phase d’expérimentation du support. Au contraire, je pense qu’elle est nécessaire. Il s’agit plutôt de vous permettre de faire des choix éclairés basés sur vos tests et ainsi vous aider à trouver le support qui vous convient à vous.

Avant ça, un petit tour d’horizon sur le marché du papier…

Le marché du papier aquarelle

Il y a quelques semaines, quand j’ai décidé de mettre à jour certains de mes articles destinés aux aquarellistes, j’ai vu que le magazine l’Art de l’Aquarelle avait fait un dossier spécifique traitant notamment de la question du papier.

Ce dossier est intéressant : il donne un aperçu du marché du papier et vous invite à être sensible à la qualité de celui-ci dans votre pratique.


Aparté avis perso

En toute transparence, pendant environ 2 ans j’ai acheté religieusement ce magazine qui est, à ma connaissance, le seul papier traitant exclusivement de l’aquarelle en France. Malheureusement, il jouit justement d’un monopole et souvent, je trouvais que les styles représentés à l’aquarelle et les peintres mis en avant étaient tous d’une même lignée.

Maintenant je n’achète ce magazine qu’occasionnellement en fonction des sujets traités. J’ai toujours cette impression qu’il se fait la voix d’une seule partie du monde de l’aquarelle.


La réalité des multinationales

Ne soyons pas naïfs, la majorité des produits que nous consommons appartiennent à des multinationales propriétaires de plusieurs marques, et parfois même concurrentes entre elles. J’ai une expérience de marketing et communication de plusieurs années et j’ai été confrontée souvent à cette réalité de marché.

C’est pareil pour les fournitures d’art. Hormis quelques producteurs et marques indépendantes qui subsistent, la plupart du matériel Beaux-Art que vous trouvez chez des marchands spécialisés proviennent de grands groupes.

Régulièrement, le marché change. Tel groupe va décider d’investir sur une marque, racheter, fusionner… Ce genre de mouvement – quelque soit d’ailleurs le secteur – n’est jamais sans conséquence. D’abord pour les employés, il n’est pas rare que le top management saute voire également une partie des équipes, et ensuite pour les produits vendus.

Encore une fois, pas de naïveté : ces entreprises doivent être rentable. Mais elles obéissent à une loi essentielle pour chaque marché : celle de l’offre et de la demande.

Soyez des consommateurs avertis : interrogez-vous sur les produits de Beaux-arts que vous achetez. Interrogez-vous sur leur qualité et sur leur prix. Grâce à Internet (dieu merci), nous pouvons accéder à bien plus que ce qui est seulement proposé en magasin physique et votre acte d’achat, qu’il soit réalisé ou non, votre avis sur le produit que vous consommez a une importance.

Et à propos du producteur local ?

Il existe, en France et ailleurs, des producteurs de papier qui restent indépendants. Souvent ils luttent, car produire du papier est un gros investissement difficilement rentable. Faire face à de grands groupes qui tiennent les canaux de distribution est compliqué. Par ailleurs, leurs produits peuvent être plus chers ce qui n’incite pas non plus à acheter chez eux.

Etre avertis, conscients et acteurs, ça passe aussi par l’accès à l’information. Vous souhaitez soutenir un producteur local ? Renseignez-vous, testez les produits et voyez si les prix vous conviennent.

Le papier, écologiquement parlant

Depuis l’ère du numérique, on est éduqué à consommer moins de papier pour sauver nos forêts. Consommer du papier, c’est pas écolo.

Etre un consommateur averti, ça passe aussi par notre savoir concernant l’impact sur l’environnement.

Le traitement du papier aquarelle

Pour que vos papiers soient plus blanc que blanc, ils sont traités chimiquement. Pas écolo du tout. C’est un peu comme avec les tampons hygiéniques. Intuitivement, le blanc ça donne un effet de pureté, de propre, tout ça, tout ça.

Sauf que, PAS DU TOUT.

Quand le blanc n’est pas naturel, et ben… les conséquences c’est pas la joie. Pour votre corps d’abord. Mesdames, pensez aux alternatives et faites des économies. Et pour votre peinture ensuite. Oui, en fonction des pigments que vous utilisez, ceux-ci réagiront à la présence de résidus chimiques. En dehors de la qualité même des pigments, ces résidus chimiques ont un impact sur la tenue dans le temps, l’absorption des pigments, leurs rendus, etc.

La bonne nouvelle : vous pouvez acheter du papier où il est indiqué : « sans acide » pour éviter ça.

Des alternatives

On est pas obligé d’utiliser du papier pour peindre à l’aquarelle. Il existe d’autres supports. Personnellement, je ne les ai pas encore testés mais si c’est votre cas, n’hésitez pas à partager votre avis dans les commentaires.

  • Fond aquarelle ou watercolor ground : une matière qui permet de préparer différents types de surface/support pour peindre à l’aquarelle tels que le bois, la toile, le carton…
  • Le papier plastique : Yupo ou LanaVanguard sont les marques qui distribuent ce produit. Il est surtout utilisés outre-atlantique. C’est un papier hydrophobe qui offre des effets intéressants.
  • Le clayboard : alors, j’ai découvert ce truc cette semaine et après m’être tiré les cheveux durant plusieurs heures de recherche, j’ai fini par découvrir ce que c’était et où on pouvait s’en procurer. Donc, le clayboard est un support avec une surface en kaolin ou en argile qui présente des caractéristiques similaires au papier aquarelle. Ce produit n’est pas distribué en France… mais vous pouvez en acheter via amazon si ça vous dit de tester.

Choisir son papier aquarelle

Après toute cette information marché, il est temps de rentrer dans le concret et de savoir comment vous allez choisir votre papier aquarelle.

On démarre avec des infos factuelles. Elles vous aideront à faire une première sélection lors de l’achat du papier pour le tester.

Caractéristiques du papier aquarelle

Cellulose ou coton ?

Le papier pour l’aquarelle se trouve sous 2 formes : le 100% coton et ceux dit « cellulose ». Et c’est quoi la cellulose pour ces papiers ? En gros, c’est du bois (en très gros). Moins résistant et traité chimiquement pour obtenir sa forme.

Le papier indiqué 100% coton est plus cher, mais de meilleur qualité.

Le grammage

En aquarelle, on utilise beaucoup d’eau et plus que pour les autres peintures. Il faut donc des papiers qui puissent lui résister. En général, le grammage référent est de 300 gr/m2.

Si vous utilisez du papier aquarelle en dessous de ce grammage, il peut rapidement gondoler et entrainer une migration des pigments vers les zones de creux. Pour pallier à ça, la solution peut être de tendre le papier avant utilisation. Attention : selon la dose d’eau, celui-ci se dégrade, peluche ou même se déchire.

Au delà de 300 gr/m2, l’humidité est conservée plus longtemps car le papier est plus lourd et plus épais : il convient pour un travail long et dans le détail pour une technique mouillée.

Ceux sont des indicateurs généraux : certains papiers en dessous de 300gr/m2 résistent très bien. Inversement, d’autres papiers au dessus de 300 gr/m2 absorbent plus que de raison, et finalement, empêche un travail correct dans le mouillé sur mouillé. Cela varie en fonction des marques.

Le grain du papier

Le grain du papier aquarelle est ce qui donne la texture de la surface. Le choix de celui-ci va dépendre des techniques que vous pratiquez, de ce que vous peignez ou encore de vos préférences.

Les principaux grains :

  • Le grain satiné : La surface est lisse, facile pour un travail dans le détail et la réalisation de traits fins. Si vous testez ce papier, vous remarquerez que les aplats de couleur déposés sont uniformes. Note : certains papiers satinés ont tendance à pelucher rapidement sous une bonne charge d’eau…
  • Le grain fin : Il s’agit de la texture de surface la plus commune : elle n’est pas trop lisse, ni trop marquée et convient à la majorité des techniques ou sujets peints. Si vous la testez, vous remarquerez que contrairement au grain satiné, les aplats de couleur sont légèrement morcelés.
  • Le gros grain ou grain torchon : Ici, la surface du papier est très marquée. Cette texture convient moins à des œuvres détaillées mais permet de mettre en valeur la couleur et les volumes. L’utilisation de ce type de surface peut demander plus de maitrise et de technique. Si vous testez ce papier, vous pourrez observer que les pigments ne vont pas dans les creux et que le rendu est morcelé.

La teinte

J’ai abordé le sujet plus haut sous un angle écolo : tous les papiers n’ont pas la même teinte. Qu’il soit traité ou non, certains tireront d’avantage vers une couleur blanc cassé. La teinte du papier relève d’un choix personnel. Certains préfèrent peindre sur du blanc immaculé, d’autres sur du papier naturel avec des teintes plus… naturelles. Choisissez selon vos envies.

Choisir le bon support

Pour peindre en aquarelle, vous pouvez soit utiliser des blocs de papier, soit des feuilles volantes ou même encore des carnets. Ce choix va dépendre de vos préférences, mais aussi de l’environnement dans lequel vous pratiquez l’aquarelle.

Les blocs

Les blocs sont composés de plusieurs feuilles collés aux 4 côtés. Pendant votre travail, cela permet de garder le papier bien tendu et donc d’éviter que celui-ci ne gondole et que les pigments ne migrent dans les creux. Conseillé pour les débutants, il est aussi très pratique pour l’extérieur, notamment si vous travaillez dans le mouillé.

Les feuilles volantes

Pour les feuilles volantes, il est fortement conseillé de les tendre sur une planche de bois ou encore du carton de façon à éviter que la feuille ne gondole. Les blocs n’existant pas en très grand format, les feuilles volantes sont incontournables. L’utilisation de ces feuilles est plus facile en atelier.

Les carnets

Autre support possible : le carnet. Pour de la peinture sur le vif, c’est l’idéal. Plusieurs marques en distribue et dans plusieurs formats. Vous aimez vous baladez mais vous ne savez pas si vous aurez l’occasion de peindre. Le carnet, c’est top pour ça. Vous en embarquez un petit format avec vous, et vous avez ça sous la main dès que vous avez envie de peindre sur le motif.


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Tester le papier aquarelle

Maintenant qu’on a établi des informations factuelles qui vont vous permettre de choisir le papier le plus adapté en terme de grammage, grain et type de support, il est temps de le tester et de vérifier que celui-ci convient à votre pratique.

Selon les marques et malgré des caractéristiques communes, les papiers ne réagiront pas de la même façon à l’eau et aux pigments. Il y a même des variations en fonction de la marque de pigments que vous utiliserez.

Pourquoi ? Parce que les papiers ne sont pas produits et traités de la même façon.

Pour bien choisir, il convient de tester les papiers selon votre propre technique et manière de peindre.

Renseignez-vous

Comme pour les pinceaux, faites des recherches d’avis sur internet : blogs, réseaux sociaux, sites spécialisés et commentaires sur les produits…

Vous avez dans votre entourage des personnes peignant à l’aquarelle ? Demandez-leur quel type de papier elles utilisent.

Recoupez les avis et faites vous votre propre opinion : les conseils des autres, c’est bien mais il est fort possible qu’un papier de très bonne qualité qui convient à une personne ne convienne pas une autre pour des raisons subjectives et valables.

Quels types de tests effectuer ?

Vous peignez dans le mouillé sur mouillé

Soumettez le papier à la résistance à l’eau. On inonde, on voit comment ça gondole, combien de temps ça prend pour sécher, si l’eau reste en surface ou si elle est immédiatement absorbée dans les couches. Est-ce que le papier fait des peluches au passage du pinceau ? Comment se diffusent les pigments ?

Testez vos pigments

Vérifiez leur absorption et leur rendu. Notez la différence entre le moment où vous déposez le pigment et le moment où la peinture sèche : quelle différence de teintes ? Est-ce que les couleurs restent vives ou bien paraissent-elles beaucoup trop ternes ?

Observez la fusion des pigments : les mélanges sur le papier se font-ils facilement ou non ? Il n’y a pas de bonnes réponses à ces questions : certains artistes préféreront que les pigments ne fusionnent pas trop sur le papier alors que d’autres non.

Ne négligez pas non plus la qualité de vos pigments en elle-même. Il y a deux acteurs ici : le papier et les pigments. Certains pigments paraitront toujours ternes au séchage quelque soit le papier. Vérifiez également si au séchage vous observez un craquèlement.

Lavis superposés

Si vous avez l’habitude de faire plusieurs lavis superposés, vérifier bien que votre papier résiste à cette pratique.

Réaction face au drawing gum

Est-ce qu’il tâche le papier ? Au moment du retrait : fait-il pelucher le papier ? De même que pour les pigments, selon les marques, les drawing gum n’ont pas le même impact.

Résistance à la correction et au repenti 

Testez les retraits, les repentis. Est-ce qu’une fois que les pigments sont posés vous pouvez revenir dessus facilement ou alors vous n’avez pas le droit du tout à l’erreur ?

Et… faites vous plaisir

Peindre, c’est un moment de création et de plaisir. Après toutes ces informations factuelles et techniques, mon dernier petit conseil sera de choisir un papier aquarelle qui vous plait : dans sa forme, dans sa teinte, dans la façon dont il est présenté, ce que vous ressentez au toucher, etc.

Quand j’achète mon papier, j’ai toujours un vrai plaisir à enlever le plastique et ensuite retirer le papier cartonné qui protège le papier aquarelle. Ça me donne l’impression d’avoir un produit particulier entre les mains, une promesse d’aventure et de créativité.

 


Et vous ?

Quel type de papier aquarelle ou support utilisez-vous ? Êtes-vous plutôt bloc ou feuille volante ? Avez-vous d’autres techniques pour tester le papier ?

Partagez votre expérience 🙂


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2 Comments

  1. Ah le papier et le papier en étant débutant … Y en a des choses à dire et comme toi j’ai d’abord acheté un prix plus qu’un papier spécifique à mon utilisation. Je me suis donc retrouvé avec un papier à la trame marquée qui ne me plaît pas du tout même aujourd’hui.
    Depuis que j’ai repris l’aquarelle, je dois dire qu’en lisant les commentaires des gens qui répondront à la question « quel papier me conseillez vous ? » Il y a une marque qui revient très vite. Ar…s . Qu’on soit en France ou sur des forums anglophones. Mais je trouve ce papier très cher pour un débutant et pour avoir testé beaucoup de papier grâce à Manù, il y a mieux à conseiller à un débutant. Il ne sera pas bloqué devant ce papier onéreux.
    Concernant le reste grain fin, satiné, torchon, cellulose, mélange, coton on s’y perd et il y a (reste) une grande variété. Dommage que les packs d’échantillons ne soient pas très répandus en France pour découvrir facilement cette variété et le papier qui conviendrait à notre pratique.
    Le grain fin est celui qu’on conseillera à un débutant hors il y a grain fin et grain fin selon les marques, et des papiers dit torchon qui pourraient plaire à des amoureux de certains grains fin (je pense au Lana Torchon).
    Pour finir, mes chouchoux sont les saunders 300g dans chaque grain, vraiment un super papier, le Lana torchon et son petit frère le Lana grain fin 25% coton moins onéreux mais pas très diffusé.

    1. Arches est cher en effet et je ne le conseillerai ni pour débuter ni pour s’exercer. Pour le grain fin et même le torchon, c’est vraiment pour moi un excellent papier et je t’avoue que j’adore l’utiliser. Je pense qu’il est idéal dès lors qu’on envisage de vendre ses peintures. La marque jouit aussi d’une belle notoriété qui peut en écraser d’autres qui se valent.
      Je dois récupérer des échantillons de Lana à mon prochain passage chez Boesner pour tester et le saunders me tente pas mal également.
      Pour le grain fin, tout à fait d’accord avec toi, il varie en fonction des marques. Chez Arches, il est très prononcé par exemple.
      Merci pour ton partage 🙂

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